Le collage à la fac, entre street-art et lutte

“Elle le quitte, il la tue”, “Stop Féminicides”, ça vous dit quelque chose ?  Ce sont des slogans que vous avez pu lire autant sur le Campus Tertre à l’Université de Nantes que dans le reste de la ville.  Des feuilles, de la peinture, de la colle et des bras, il n’en faut pas plus pour se mettre à l’art du collage.

Sur des murs on colle nos mots, ceux qui sont trop souvent restés dans l’oubli“, c’est ainsi qu’une des colleuses de Nantes définit le mouvement.

Lancé à Paris en août 2019 par Marguerite Stern, ancienne Femen, le mouvement des colleuses s’est ensuite propagé en très peu de temps dans les grandes villes de France mais aussi en Belgique.

Les collages, apparus dans les rues de Nantes dès la mi-septembre dernier, ont pour but principal de dénoncer les féminicides, soit le meurtre d’une femme par son conjoint. La prise de conscience vis à vis de la violence conjugale est amenée aux passant·es, à travers l’expression par l’art urbain. Les femmes utilisent la rue comme arme de contestation, le collage étant un moyen de se réapproprier cet espace, dans lequel elles se font réprimer.

Quatre femmes du collectif de collage nantais, Hannah, Imago et deux anonymes, nous expliquent leur façon de procéder. Le collage ne demande pas de technique particulière, nous disent-elle, mais beaucoup d’organisation. Le plus important est de trouver un slogan. Certaines s’inspirent de ceux déjà collés à Paris, d’autres décident d’utiliser les leurs. Une fois le slogan peint sur feuilles blanches à la peinture acrylique, il suffit de les coucher sur les murs de la ville en utilisant de la colle à tapisserie.

Au campus Tertre, c’est sur le Pôle étudiant qu’on peut lire les slogans anti-féminicides. En questionnant  l’impact que les colleuses cherchent à avoir, elles répondent que le simple fait de lire ça en allant à la fac est un rappel, et beaucoup ne sont pas au courant. Ça permet de faire prendre conscience à ceux qui ne se posent pas la question“. 

Collage sur la façade du Pôle étudiant, campus Tertre, Université de Nantes – novembre 2019

Les collages comme forme d’art urbain ou bien mouvement contestataire militant ? Les avis sont partagés. Pour certaines, “c’est une forme d’expression libre, reprenant l’espace public, un art éphémère qui appartient à la rue, aux citoyens“, et pour d’autres, “ce n’est pas vraiment de l’art, on veut se faire entendre et on n’a plus d’autres moyens“.

On distingue l’affichage libre sur les panneaux communaux qui est totalement autorisé, à l’affichage sauvage sur des façades, sur du mobilier urbain ou les voies publiques, qui lui est interdit. 

On veut arrêter de compter nos mortes, on veut des mesures prises immédiatement et concrètement“.

Texte et photo : Andréa Chabanne, Enzo Chopin, Juliette Jarry

Andréa CHABANNE

2 commentaires

  1. Article très complet, à la portée de toutes et tous.
    Merci pour ce joli travail qui met en avant une démarche blâmée à tort.
    On attend les prochains articles avec impatience.

  2. Bravo!!! C est fluide bien exprimé j aime vous lire et pourtant c est un sujet qui fige la société et tétanise encore et toujours merci pour votre juste analyse

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